r Cinque secondi
Paolo Virzì, Italy, 2025o
Adriano, a successful lawyer, has retreated to the former stables of an abandoned estate following a family tragedy. When a group of young people squat on the property to resume winegrowing there, the loner reacts gruffly. While his ex-wife accuses him of the negligent homicide of his sick daughter and he refuses any legal help from a former colleague, he transforms himself on the estate into the protector of the squatters and their hot-headed leader.
Figure du renouveau du cinéma italien au début des années 2000, Paolo Virzì est connu chez nous notamment pour la critique sociale Les opportunistes et le road movie Folles de joie. Depuis la sortie de L'échappée belle en 2018, les long-métrages du réalisateur n’avaient plus trouvé le chemin des salles suisses. C’est un examen de conscience qui met un terme à cette longue absence. On y découvre un quinquagénaire hirsute (Valerio Mastandrea, excellent), cloîtré dans un pavillon rural. Derrière ce curieux ermite se cache en réalité un avocat renommé, qui a décidé de quitter son cabinet. A-t-on affaire à la crise existentielle d’un homme qui se serait découvert anti-système sur le tard? Si un parfum contestataire souffle bien sur le coin de terre où s’est planqué l’ancien avocat, elle est plutôt le fruit d’un groupe de néo-ruraux installé dans le château voisin, mené par une jeune comtesse de gauche (Galatéa Bellugi, admirable). Mais contrairement à ces jeunes gens politisés, l’acariâtre Adriano ne revendique rien d’autre que son droit à la solitude. À la faveur d’une visite de son amie de toujours (Valeria Bruni Tedeschi, solaire), on comprend que l’homme est rongé par le remords. Durant une baignade, sa fille, souffrant d'un handicap, a perdu la vie. Quelques secondes d’inattention de la part du père ont suffi à causer cette tragédie, qui lui vaut un procès intenté par son ex-femme. À partir de cet argument, Virzì livre une riche réflexion sur la responsabilité et la liberté individuelles, refusant tant de noircir que d'innocenter Adriano. En entremêlant la lente renaissance intérieure de celui-ci, la grossesse de la comtesse et la revalorisation d’une vigne du château par les néo-ruraux, le cinéaste distille une touche d’espoir salutaire, confiant dans le dialogue entre les générations. S’y affirme en filigrane le droit de chacun·e à une seconde chance. Et le talent d’un réalisateur dont le style et le propos rappellent les beaux jours du cinéma classique.
Emilien GürGalleryo
