r La guerre des prix
Anthony Déchaux, France, 2026o
Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y développer la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.
Une fille d’agriculteur·ices, cheffe de rayon dans un supermarché, est embauchée par la centrale d’achat de son enseigne pour y développer l’offre en matière de produits régionaux et négocier les contrats avec les fournisseur·ses. Tout un programme, dont on aurait pu imaginer qu’il donne lieu à une fiction destinée avant tout aux étudiant·es d’école de commerce. Qu’on se rassure: si le film distille quelques informations, par ailleurs bienvenues, sur les défis et enjeux de la branche alimentaire, l’essentiel réside ailleurs. D’abord, dans un scénario à la mécanique bien huilée. Novice dans l’art de la négociation, la protagoniste essaie de concilier ses principes – mettre en avant les producteur·ices locaux·les – et les objectifs de rentabilités de son entreprise – se faire de l’argent sur le dos de ces mêmes producteur·ices. Ce qui se révèlera particulièrement ardu lorsqu’elle tentera d’introduire son frère, petit agriculteur membre d’un réseau de distribution indépendant, comme partenaire de l’enseigne, provoquant par-là une série de conflits de loyauté. Ensuite, dans un personnage de mentor en négociation, brut de décoffrage, qui intimide autant qu’il force le respect, joué par l’un des meilleurs acteurs francophones contemporains, Olivier Gourmet. C’est lui qui prend la jeune femme sous son aile, la plonge sans ménagement dans le bain des discussions à huis clos avec les distributeur·ices où se joue la guerre des prix. Durant chaque entretien, l’expert en négociation reste debout, surplombant ses interlocuteur·ices. Au cours d’une seule et unique scène de discussion, on le verra s’asseoir en face d’une potentielle future partenaire et fumer une cigarette qui, dans ses mains, s’apparente à un calumet de la paix. Soudain, son visage s’adoucit. Dans le film, dans la carrière de Gourmet, c’est un moment de grâce. Et la magie du streaming vous permet de le passer en boucle, sacré·es veinard·es!
Emilien Gür
